Poésie, de Sri Aurobindo

Jivanmukta

Il y a un silence plus vaste, inconnu
de l’esprit muet de la terre, immobile dans l’âme
devenue le socle de l’Éternité,
à jamais touchée par les infinitudes.

Une Splendeur, interdite aux yeux tournés vers la terre,
inonde un profond regard de feu qui voit tout;
révélée, elle s’éveille quand la tranquillité de Dieu
encièle l’océan de l’immuable Nature.

Un Pouvoir descend qu’aucune Fatalité ne peut perturber ou vaincre,
plus calme que les montagnes, plus vaste que les flots en marche,
puissance unique de quiétude lumineuse
portant inlassablement les mondes et les âges.

La béatitude d’une extase sans fin nous embrasse,
une ivresse absolue, sublime, immortelle nous possède,
scellant l’amour à l’unité
dans l’étreinte du Très-Beau et Très-Aimé.

Celui qui échappe à la ronde monotone du Temps et tressaille,
ravi sans mots et sans pensée au sein de l’Éternel,
dévoile la forme et le signe de l’Être
établis sur les hauteurs dans le Silence omniscient.

Et s’il a consenti à revêtir ici un corps mortel,
il demeure l’Impérissable: ignorant tout lien, toute limite;
il joue tel un enfant sur le terrain des âges,
la vie et chacun de ses actes reflètent Sa magnificience.

Il n’agit et ne vit que pour donner à la Nature les forces de Dieu,
pour combler son attente, aider de sa Paix ailée d’immensité
son labeur torturé et guérir par la joie son antique douleur,
projetant la lumière sur l’inconsciente obscurité –

Choses vaines sont les buts plus étroits du mental
pour celui dont l’âme goûte et hautement possède
l’Infini et ont le Tout éternel
est le guide, l’aimé, le refuge.

dans Poésie, de Sri Aurobindo

Le jīvanmukta ou jīvan-mukta (sanskrit IAST ; devanāgarī : जीवन्मुक्त ; « délivré ou libéré vivant ») est dans l’hindouisme un yogi ayant atteint, durant son vivant, l’état de moksha, la libération (jīvanmukti) du cycle des réincarnations.

 

***

J’ai enveloppé le vaste monde en mon plus vaste moi
Et les Temps et l’Espace sont la vision de mon esprit.
Je suis dieu et démon, fantôme et elfe,
Je suis la course du vent et l’astre flamboyant.

Je veille sur toute la nature comme un enfant
Et suis la lutte et l’éternel repos ;
La joie du monde coule et frémit en moi, je ressens
La douleur de millions dans ma poitrine solitaire.

Je me sens un avec tout ce qui est;
Devenu toute chose, je ne m’attache à rien;
Emportant en moi l’appel de l’univers
Je monte vers mon impérissable demeure .

Je passe au-delà du Temps et de la vie sur des ailes sans limites
Mais demeure uni à toutes choses nées ou non-nées.

Conscience cosmique, dans Poésie, de Sri Aurobindo

***

Je vis mon âme voyageuse au long du Temps,
De vie en vie le chemin cosmique par elle parcouru,
Obscure dans les profondeurs, sublime sur les cimes,
Évoluant depuis le ver et devenant le dieu.

Étincelle du Feu éternel, dans la matière elle vint
Construire une demeure à Celui sans naissance.
L’inconsciente Nuit sans soleil reçut la flamme
En la semence brute des choses muettes sans espoir.

La Vie donna l’élan, la Pensée la lumineuse forme,
Jusqu’à ce que sur la terre inanimée et nue,
Née à la somnambule Nature en son sommeil,
Une créature pensante puisse espérer et aimer.

Et toujours à pas lents le miracle progresse,
Naissance de l’Immortel en la pierre et la boue.

Le Miracle de la Naissance
Sri Aurobindo
(traduction de Pavitra)
Lu dans « Quelques conseils sur la méditation et la discipline ».

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